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Dr Eric de Bisschop
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L’augmentation de la tension
musculaire qui définit l’hypertonie ne peut être due qu’à la mise en jeu
exagérée des motoneurones alpha représentant la « voie finale commune » du
système moteur, contrôlée par le module myotatique. On comprend ainsi qu’un
sujet qui présente au repos une hypertonie musculaire de base, anormale,
consécutive aux stress, fasse plus facilement que d’autres des crampes
musculaires.
Ce n’est pas l’état physiologique de la seconde phase de la réaction de
Selye, état de résistance d’un syndrome général d’adaptation au facteur
stressant, qui cause la crampe, mais celui des mécanismes responsables de
l’hypertension musculaire de base qui abaisse le seuil de réactivité à la
crampe musculaire.
Définition
Il s'agit de contractions
musculaires spontanées, soutenues, douloureuses, intéressant un ou plusieurs
muscles, survenant la plupart du temps au cours de l'effort.
Parfois il existe une sensation initiale avertissant le sujet de 'imminence
d'une crampe. Dans ce cas, le muscle intéressé peut être relâché sous
l'action de la volonté qui cherche à prévenir l'apparition d'une véritable
crampe. En général, les crampes surviennent toutefois sans signes
annonciateurs.
Dans le cadre de l'effort sportif un grand nombre de crampes ne se
produisent qu'après un usage intensif et prolongé de certains muscles ;
elles peuvent même être provoquées par une légère contraction des muscles
fatigués.

Circonstances d’apparition
A la lumière de nos observations
lors de la Course de la Grande Traversée de l’Ile de la Réunion plusieurs
cas, que nous avons décrits dans une publication antérieure, peuvent être
distingués :
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Il s'agit d'un sujet peu
entraîné à l'effort physique qui réalise un exercice intense. Un effort
bref et violent engendre une crampe, en général au cours de l'effort, qui
disparaît rapidement par le repos et l'adjonction des moyens physiques mis
en œuvre. Lorsque l'effort est modéré et prolongé, les crampes succèdent à
une période de repos ; elles sont en général nocturnes. Dans tous ces cas
il s'agit d'un travail musculaire intense sans que l'adaptation
circulatoire locale ait le temps d'intervenir.
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Les crampes peuvent survenir
chez un sujet en "baisse de forme" ; une insuffisance d'entraînement ainsi
qu'une insuffisance d'échauffement sont à prendre en considération.
Inversement, il s'agit souvent de fatigue par surentraînement, avec
association d'une inadaptation musculaire à l'effort et d'une inadaptation
cardio-respiratoire.
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Les crampes peuvent révéler des
troubles métaboliques engendrés par la fatigue. De même, elles peuvent
correspondre à des troubles de la mécanique musculo-squelettique
(tendinites, lésions ligamentaires ou méniscales). Elles peuvent
correspondre à une infection intercurrente (troubles digestifs,
parasitoses intestinales,...).
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Les crampes peuvent être
consécutives à des troubles du métabolisme hydro-électrolytique, au sujet
desquels il faut noter les conséquences d'une déshydratation ou d'une
dyskaliémie possible par diurétiques (dans un but de perte de poids par
exemple), ou bien d'absorption inconsidérée de réglisse.
Les variations des électrolytes dans les milieux extracellulaires ont une
incidence sur la polarisation membranaire. Des perturbations
hydro-électrolytiques engendrées par une sudation importante peuvent avoir
des répercussions sur la transmission neuro-neuronale et sur les jonctions
neuromusculaires. On peut évoquer un abaissement du seuil d'excitabilité
des motoneurones par diminution de la polarisation membranaire et, dans
certains cas à l'étage musculaire, un déficit en cholinestérase qui, par
une absence de destruction de l'acétylcholine au niveau des récepteurs
musculaires, aboutirait à une contraction permanente, polarisante, jusqu'à
ce que l'acétylcholine soit détruite par un apport supplémentaire de
cholinestérase.
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L'apparition de crampes peut
révéler des troubles de la statique par suite d'une fatigue musculaire
anormale. Il peut s'agir d'une surcharge musculaire par suite du maintien
de la station debout d'une manière prolongée, ou d'un travail musculaire
réalisé dans des conditions anormales, donc fatigantes, lors de la marche.
Les muscles les plus intéressés sont ceux de la loge postérieure de la
jambe par suite des contraintes permanentes opposées à ce groupe
musculaire lors du maintien de l'équilibre et lors de la marche et de la
course. Les anomalies du pied, du genou et de la hanche ont en général des
répercussions musculaires, avec troubles de la coordination, facteurs de
crampes.
De même, les anomalies des statiques vertébrales sont génératrices de
crampes. Il s'agit la plupart du temps d'un cercle vicieux ayant pour
point de départ l'irritation du nerf sinu-vertébral dont les décharges
viennent renforcer les influx afférents de la nociception et engendrer
ainsi une réponse motrice de contracture musculaire ayant pour conséquence
une réduction de la circulation musculaire avec tous les corollaires qui
en découlent.
Il faut savoir aussi que certaines attitudes antalgiques provoquent des
surcharges musculaires anormales, même lorsque le point de départ est
minime.
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Mais on ne saurait passer sous
silence ce qui est décrit sous le vocable de «crampes essentielles». Il
existe indiscutablement des patients présentant des crampes effectives
chez qui on ne met en évidence aucune anomalie clinique, biologique ou
électrique.

Physiopathologie
Du point de vue
physiopathologique, le mécanisme des crampes musculaires chez le sportif
parait relativement complexe.
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L'encombrement métabolique du
muscle par des substances de déchet est la plupart du temps évoqué. Or
nous avons eu l'occasion de pratiquer quelques examens
électromyographiques au lors de crampes survenant au cours d'activités
sportives. Il est intéressant de noter que l'on ne relève pas de signes
électriques en faveur d'atteintes directes des fibres musculaires. On
constate par contre la pulsion de potentiels d'unité motrice, souvent de
fréquence élevée, témoignant de la mise en jeu des unités motrices, et non
des fibres musculaires d'une manière isolée.
En ce qui concerne les explorations électromyographiques, elles s'avèrent
en général fort difficiles, car il faut avoir l'occasion de disposer d'un
appareil d'EMG sur le terrain.
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Les variations biologiques
musculaires locales peuvent abaisser le seuil d'irritabilité des
motoneurones alpha. Cet abaissement du seuil d'irritabilité peut aussi
intervenir sur l'innervation gamma, à partir des fuseaux neuromusculaires.
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On peut même envisager une
diminution de l'inhibition pré-synaptique sur les afférences Ia. Une
inhibition du système de Renshaw pourrait être responsable de la fréquence
anormalement élevée des tracés électromyographiques.
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Un autre mécanisme peut encore
être envisagé. Un épuisement synaptique de cholinestérase pourrait
empêcher la destruction de l'acétylcholine au niveau de la plaque motrice
et provoquer ainsi un bloc polarisant, jusqu'à ce que l'acétylcholine soit
détruite par un apport supplémentaire de cholinestérase.
Quoi qu'il en soit, la production
de la crampe musculaire d'effort n'appartient pas à un système isolé, mais
semble être le résultat de la mise en activité de diverses réactivités
physiologiques, faisant même intervenir les fonctions psychophysiologiques.

Manifestations sporadiques
Plusieurs facteurs peuvent donner
lieu à des crampes dont le seuil ne paraît pas modifié par l’état de stress
compensé :
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Certaines intoxications sont
responsables de crampes par l'intermédiaire de troubles électrolytiques.
Citons entre autres la prise de diurétiques pour traiter ou même prévenir
une obésité, ou bien chez certains sportifs en vue d'une réduction
pondérale. L'alcoolisme est générateur de crampes bien avant que ne se
déclarent les symptômes d'une polynévrite.
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Les troubles du métabolisme
hydro-électrolytique peuvent intéresser particulièrement le sportif. En
effet, une déshydratation peut être source de crampes, mais plus encore la
perte de sel sans perte parallèle d'eau qui entraîne une hyperhydratation
cellulaire. Il en est ainsi des crampes du désert, lorsque l'hypersudation
n'est compensée que par un apport hydrique sans apport simultané de sel.
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Des crampes sont aussi
déclenchées lorsqu'il existe une perte simultanée d'eau, de sodium et de
potassium, à laquelle peut s'ajouter une alcalose, provoquant un état de
déshydratation aiguë avec déficit ionique.
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L'augmentation relative du
potassium extracellulaire par rapport au potassium intracellulaire
engendre des crampes qui peuvent s'associer à des crises de tétanie.
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Dans l'ordre des pathologies
mineures des dyskaliémies, il faut signaler certaines causes pouvant
passer au second plan, telles que les intoxications par la réglisse ou les
traitements diurétiques au long cours.

Considération du problème
Les crampes musculaires
constituent un handicap souvent brutal lors des activités sportives. Les
mécanismes physiopathologiques demeurent complexes et s'écartent largement
des simples notions d'accumulation d'acide lactique. Si les mécanismes
neurophysiologiques responsables de la crampe musculaire sont souvent
discutés, il apparaît qu'une participation du système gamma et des circuits
spinaux intervenant dans le réflexe myotatique sont intéressés.
L'explication par un mécanisme physiopathologique unique doit être rejetée.
Durant la phase durable, de compensation, de la maladie fonctionnelle du
stress, les voies neurophysiologiques qui aboutissent à l’hypertonie
musculaire sont rejointes par celles soutenant les influx de la crampe
musculaire. Elles peuvent ainsi abaisser le seuil de réponse de la crampe.
Les crampes musculaires, si elles se répètent, principalement pour des
situations mineures, justifient non seulement la recherche d’un état de
stress compensé, mais aussi celui d’un bilan général.

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